La rentabilité d’un hôtel se joue aussi dans l’organisation de ses équipes

Une réceptionniste démissionne sans préavis en plein pic d’activité. Le recrutement démarre dans l’urgence, la fiche de poste date de plusieurs années et aucun parcours d’intégration formalisé n’existe. La nouvelle recrue apprend directement au contact des clients, pendant l’une des périodes les plus chargées de l’année.

 

Avant de rejoindre le revenue management, j’ai travaillé en réception. Cette expérience m’a appris qu’une équipe peut être compétente et engagée tout en restant fragile lorsque les règles de fonctionnement reposent essentiellement sur les habitudes et la transmission orale.

 

Aujourd’hui, j’arbitre quotidiennement entre volume, prix, canal et marge. L’organisation des équipes agit également sur le résultat économique. Elle détermine le temps consacré au client, le nombre d’erreurs à corriger, la capacité à absorber une absence et la régularité de l’exécution lorsque l’activité monte.

Structurer l’intégration pour maintenir un niveau de service constant

Lionel Rolland, CEO du groupe hôtelier GHP, estime que dans la quasi-totalité des hôtels repris par son groupe, les équipes n’avaient jusque-là pratiquement jamais été confrontées à une véritable démarche de formation, notamment en réception et en housekeeping. C’est une observation issue de son expérience d’opérateur qui décrit une fragilité encore fréquente sur le terrain.

 

Lorsque les standards sont uniquement inscrits « dans la tête » des collaborateurs expérimentés, chaque départ emporte une partie du fonctionnement de l’hôtel.

 

Un parcours d’intégration documenté permet de transmettre beaucoup plus vite les fondamentaux du poste : typologies de chambres, conditions de vente, procédures d’arrivée et de départ, gestion d’une plainte, connaissance des services de l’hôtel, règles d’upsell ou procédures housekeeping.

 

Les checklists et les standards jouent ici un rôle très concret. Ils donnent à une nouvelle recrue des repères immédiatement utilisables et réduisent le nombre de situations qu’elle doit résoudre selon son appréciation personnelle.

 

Cette logique peut aussi créer des parcours professionnels internes. La montée en compétence permet ainsi de construire une partie des expertises dont l’hôtel aura besoin demain à partir des équipes déjà présentes.

Répartir les tâches pour libérer du temps utile

La deuxième question est plus simple qu’elle n’en a l’air : à quoi les équipes consacrent-elles réellement leurs journées ?

 

Une réception qui doit gérer des encaissements répétitifs, corriger des factures, rechercher des informations dans plusieurs outils, traiter manuellement certains check-in ou alimenter des fichiers Excel dispose de moins de temps pour l’accueil, la vente et la résolution des demandes clients.

 

Le même raisonnement vaut pour la direction.

 

Dans un hôtel parisien d’une trentaine de chambres, la dirigeante consacrait une partie importante de son temps à des tâches chronophages liées à la commercialisation : gestion des litiges clients, supervision des réservations problématiques, renégociation avec les OTA et ajustements tarifaires permanents. En externalisant une partie de ces fonctions, elle a pu consacrer davantage de temps à l’exploitation quotidienne et à l’accueil des clients.

 

Cette nouvelle organisation a également permis un travail plus poussé sur le revenue management, la segmentation et la distribution. L’établissement a réduit les ventes bradées de dernière minute, augmenté son prix moyen et son remplissage, jusqu’à doubler son chiffre d’affaires.

 

Dans un groupe multi-établissement, certaines fonctions peuvent également être mutualisées : revenue management, maintenance, contrôle de gestion ou certaines fonctions de direction opérationnelle. Cette organisation évite de reproduire la même expertise dans chaque hôtel et laisse davantage de capacité aux équipes terrain.

 

La rentabilité dépend aussi de la façon dont le travail est réparti. Certaines tâches doivent rester au cœur de l’exploitation, d’autres peuvent être automatisées, mutualisées ou externalisées afin que chacun consacre son temps aux missions où il apporte le plus de valeur.

Construire une organisation capable d’absorber les imprévus

Un système humain devient réellement visible lorsque l’activité se complique.

 

Imaginez le directeur absent pendant trois jours, une réceptionniste malade et un incident technique le même matin. Qui peut décider ? Qui prend le relais ? Quelles informations sont accessibles sans devoir demander à la personne absente ?

 

Dans une organisation structurée, les situations les plus courantes disposent de règles simples. Les équipes savent ce qu’elles peuvent décider immédiatement, ce qui doit être remonté et vers qui se tourner lorsqu’une fonction critique devient indisponible.

 

La passation entre équipes jour et nuit doit pouvoir être retrouvée par écrit. Une plainte fréquente doit déclencher une réponse connue. Pour chaque fonction essentielle, quelqu’un doit être en mesure de prendre le relais en cas d’absence, avec les informations et la formation nécessaires pour le faire. Après un incident, l’action menée doit pouvoir être tracée afin d’éviter que le même problème soit traité une nouvelle fois comme une situation inédite.

 

La charge de travail constitue également un signal utile. On peut, par exemple, utiliser un repère opérationnel de quatorze chambres par femme de chambre à partir de la catégorie trois étoiles. Ce chiffre relève de l’expérience opérationnelle et permet surtout de poser une question simple : la charge demandée permet-elle encore d’exécuter correctement le standard attendu ?

 

Le même principe s’applique aux autres postes. Une organisation peut disposer de procédures parfaitement documentées et rester fragile si les équipes n’ont matériellement plus le temps de les appliquer.

Faire de l’organisation un indicateur de performance

Lorsqu’une marge se dégrade, le marché, les prix ou les canaux de distribution attirent naturellement l’attention. L’organisation quotidienne mérite le même niveau d’examen.

 

Combien de décisions restent dépendantes d’une seule personne ? Combien de procédures existent uniquement à l’oral ? Combien de tâches répétitives pourraient être automatisées ou mutualisées ? Que se passe-t-il lorsqu’un collaborateur clé est absent ?

 

Ces questions donnent une lecture très concrète de la capacité d’un hôtel à produire régulièrement le niveau de service qu’il promet.

 

Et cette logique dépasse largement les RH. On la retrouve dans le revenue management, la maintenance, la distribution, le contrôle de gestion et la qualité. Les établissements les plus performants construisent progressivement des systèmes dans lesquels chaque fonction renforce les autres.

 

C’est précisément ce que développe le guide consacré aux 9 vérités dérangeantes sur les hôtels qui réussissent le mieux en France : neuf mécanismes opérationnels pour comprendre ce qui fait réellement la performance d’un hôtel.

Télécharger le guide : Pourquoi certains hôtels affichent complets… et gagnent pourtant moins que leurs voisins

Raphaël Batko, cofondateur et directeur général de doyield, est l’un des architectes de notre approche globale de la commercialisation hôtelière. Diplômé en administration économique et sociale avec une spécialisation en commerce international, il a construit son expertise en gravissant tous les échelons de l’hôtellerie, de la réception à l’adjoint de direction, avant de devenir revenue manager en 2014. Cette expérience de terrain lui a permis de développer une vision pragmatique de la performance hôtelière, alliant excellence opérationnelle, revenue management et stratégie commerciale.

En 2019, il cofonde doyield aux côtés de Chedi Chaari avec l’ambition d’aider les hôteliers à maximiser durablement leur rentabilité. Depuis, il accompagne près de 150 établissements en France en mettant en œuvre des stratégies de commercialisation performantes, conciliant croissance du chiffre d’affaires et maîtrise des coûts.

Passionné par la formation et la transmission du savoir, Raphaël partage son expertise à travers des articles dédiés au revenue management, à la commercialisation hôtelière et aux bonnes pratiques du secteur. Ses analyses offrent aux hôteliers des conseils concrets, directement issus de son expérience du terrain.

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