Les erreurs tarifaires qui coûtent le plus cher aux hôtels indépendants

Le prix d’une chambre peut doubler entre un mardi pluvieux et un samedi de concert. Ce phénomène obéit à une logique tarifaire précise : le revenue management. Son absence se paie au prix fort.

Quand je rencontre un propriétaire d’hôtel indépendant, je retrouve souvent la même intention. Il veut remplir, protéger sa marge, garder la main sur ses prix et éviter de laisser trop de valeur aux plateformes. 

Même si l’objectif est juste, la méthode est souvent fautive. Les erreurs tarifaires sont en réalité très fréquentes, parfois de longue date, parfois renforcées par l’habitude et presque toujours coûteuses pour la rentabilité.

Dans l’hôtellerie, cette question est centrale parce que nous travaillons dans une industrie de coûts fixes. Le loyer reste dû et les équipes doivent être là pour faire tourner l’établissement. Les charges ne disparaissent pas parce qu’une chambre reste vide. C’est pour cela que la stratégie tarifaire touche directement au chiffre d’affaires, à la marge et à la capacité d’un hôtel à rester compétitif.

La première erreur consiste à fixer ses prix à l’intuition

Beaucoup d’hôteliers connaissent très bien leur marché local. Cette connaissance est précieuse. Cependant, elle ne suffit pas toujours à piloter les prix. Fixer ses tarifs à l’intuition peut détruire les marges. Je partage ce constat, parce qu’une stratégie tarifaire a besoin d’anticipation, de lecture de la demande et d’ajustements continus. Quand les prix reposent surtout sur le ressenti, on laisse souvent passer des opportunités de hausse, ou bien on maintient des niveaux de prix qui ne correspondent plus au rythme réel des réservations.

Un propriétaire peut avoir l’impression d’être prudent en gardant des prix stables. Dans les faits, cette prudence se traduit souvent par une sous-exploitation du potentiel de l’hôtel. Nous le voyons surtout dans les périodes où la demande accélère plus vite que prévu, ou dans les moments où les réservations de dernière minute prennent le relais d’un rythme de vente plus lent en amont. Aujourd’hui, ces réservations tardives sont plus fréquentes et pèsent davantage dans le pilotage de l’activité. 

La deuxième erreur consiste à se réjouir trop vite d’être rempli

C’est une erreur fréquente parce qu’elle semble de bon sens. Un hôtel complet plusieurs semaines ou plusieurs mois à l’avance donne le sentiment d’avoir bien travaillé. Pourtant, remplir trop tôt peut signaler un prix initial trop bas ou une absence d’ajustement pendant la montée en charge.

Vendre 100 nuitées à 100 euros trois mois à l’avance génère 10 000 euros. Si, en cours de montée en charge, 50 de ces nuitées avaient pu être vendues à 150 euros, le chiffre d’affaires serait monté à 12 500 euros. Cet exemple ne signifie pas que toute chambre doit systématiquement être revue à la hausse, car cela dépend du marché et du produit. En revanche, il montre que le remplissage n’est pas un indicateur suffisant. Il faut regarder le niveau de prix auquel ce remplissage a été obtenu.

La troisième erreur consiste à mal lire les signaux de demande

Un autre point de vigilance concerne le rythme de vente. Arriver au jour J avec encore 50 pour cent des nuitées à vendre est un signal fort : la stratégie tarifaire n’était probablement pas adaptée. Ce signal doit être interprété avec nuance, parce qu’il peut varier selon la destination, la saison et le type de clientèle. Mais sur le fond, il rappelle quelque chose d’essentiel. Une stratégie tarifaire efficace ne regarde pas seulement le résultat final. Elle lit la courbe de réservation, les fenêtres de demande et la tension réelle du marché.

C’est là que le revenue management prend toute sa valeur. Nous devons observer, anticiper et ajuster. Cette discipline suppose de voir venir les périodes de tension, d’accepter que certains week-ends aient plus de valeur que d’autres et de réagir avant que le marché ne l’impose. Un prix qui reste immobile dans un marché mouvant finit souvent par produire un chiffre d’affaires inférieur à son potentiel.

Sur ce point, je vois une erreur de posture. Beaucoup d’hôteliers se comportent en suiveurs tarifaires : ils regardent ce que font les concurrents, puis s’alignent. Être price maker sur sa zone, c’est être le premier à monter quand la demande l’exige, ou le premier à ajuster à la baisse quand elle faiblit, sans attendre que la concurrence balise le chemin. Ce positionnement demande de la conviction et une lecture fine du marché. C’est précisément ce qui donne à un hôtel indépendant la capacité de construire ses propres prix.

La quatrième erreur consiste à croire que l’outil suffit

L’IA améliore aujourd’hui la vitesse d’analyse et la finesse de lecture des données. Elle peut aider à prendre des décisions plus pertinentes et à gagner un temps précieux. En revanche, elle ne dispense pas du jugement humain. Elle ne remplace ni la compréhension du produit, ni l’expérience client, ni la capacité à relier promesse tarifaire et réalité du séjour.

Quand le prix monte, l’expérience doit suivre. Sinon, la satisfaction baisse, la note client se dégrade, puis la pression tarifaire réapparaît : c’est un cercle vicieux. De plus, à offre comparable, la note client influence fortement le choix du voyageur. Une stratégie tarifaire sérieuse doit intégrer la e-réputation, parce qu’elle soutient directement la capacité d’un hôtel à défendre ses prix.

La cinquième erreur consiste à ne pas décider assez souvent

C’est un sujet très concret pour les hôteliers indépendants. Un propriétaire ne fait pas que du revenue management. Il gère l’opérationnel, les équipes, les imprévus, les week-ends, les jours fériés. Dans ces conditions, la stratégie tarifaire passe souvent après le reste. Entre un propriétaire qui gère seul sa tarification et un revenue manager internalisé qui prend lui aussi des jours de repos et des congés, on estime à environ 120 jours par an les périodes sans décision tarifaire active dans un établissement. Beaucoup d’hôtels ne perdent pas seulement de l’argent à cause d’un mauvais prix, ils en perdent aussi par manque de réactivité.

Pour un hôtel situé à proximité de la tour Eiffel, nous constatons qu’une forte part des réservations arrive le dimanche après-midi. Le marché ne s’arrête jamais. Si vous n’avez pas ajusté vos tarifs lors de cette montée en charge, vous êtes passé à côté d’une opportunité.

Ce que le marché peut imposer en dix minutes

Quand une stratégie est en place, le marché peut récompenser très vite. Lors du week-end de l’Ascension 2022, la finale de la Ligue des Champions est déplacée à Paris en urgence pour des raisons géopolitiques. En dix minutes, toutes les nuitées parisiennes sont absorbées. Toutefois, nous réussissons à tripler les tarifs des hôtels que nous accompagnons, tout en préservant leurs marges en orientant le maximum de réservations vers le circuit direct.

Une telle réactivité résulte d’une stratégie tarifaire active, calibrée et continue. Elle exige de la discipline, de l’anticipation, une lecture fine du produit et la disponibilité à décider quand le marché n’attend pas.

🎙️Cet article vous a été utile ? Écoutez Chedi Chaari, cofondateur de Doyield, invité dans Regards de dirigeants sur lefigaro.fr 

Chedi Chaari, directeur général de doyield, est le visionnaire derrière notre approche révolutionnaire de la commercialisation hôtelière. Fort d'une formation d'expert-comptable, Chedi a développé une méthodologie unique qui fusionne revenue management et marketing pour maximiser les performances des établissements hôteliers. Son expertise englobe tous les aspects de la commercialisation, de l'optimisation des coûts à l'élaboration de stratégies de distribution en ligne innovantes.

Sous sa direction, doyield a accompagné avec succès près de 150 hôtels en France, contribuant à des augmentations significatives de leur chiffre d'affaires et de leur Excédent Brut d'Exploitation (EBE). La vision 360 de Chedi en matière de commercialisation hôtelière a fait de lui une référence incontournable dans le secteur.

Passionné par le partage de connaissances, Chedi aime particulièrement écrire sur l'optimisation des coûts, les stratégies de commercialisation hôtelière et les tendances futures du marché. Ses articles offrent des insights précieux et des conseils pratiques, reflétant sa vaste expérience et sa compréhension approfondie des défis auxquels font face les hôteliers aujourd'hui.

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